A propos du féminisme

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 Rien à voir avec le sujet principal de ce blog mais je ne pouvais pas ne pas en parler. Samedi dernier Emma Watson a fait un discours à propos du féminisme à l’ONU. Je tenais à saluer ce discours par ce qu’il ne fait pas que défendre les droits des femmes mais qu’il porte surtout les valeurs de l’égalité entre hommes et femmes. A l’heure ou un mouvement anti féministe est lancé et ou des femmes jeunes et moins jeunes estiment qu’elles n’ont plus à se battre pour leurs droits et que le féminisme est dépassé, je crois qu’il est important de mettre en valeur ce genre de discours. Si la société est telle qu’elle est aujourd’hui c’est par ce qu’avant nous des femmes – et des hommes car le féminisme n’est pas qu’une histoire de femmes – se sont battues pour le droit à l’émancipation de la tutelle du père, puis du mari, pour le droit à travailler, à étudier, à se marier, à divorcer, avorter, voter, manifester. Ces droits qui me paraissent essentiels et basiques certaines femmes ont donné leurs vie pour les obtenir, d’autres y ont dédié toute leur existence. Dans certains pays ces droits universels ne sont pas accordés aux femmes qui ne peuvent pas disposer de leur corps, et chez nous dans les pays « développés » l’égalité est loin d’être la norme : égalité salariale, plafond de verre, discrimination à l’embauche, moqueries, railleries parfois mêmes inconsciente. Le féminisme à tout lieu d’exister encore et que l’on défende sa cause.

Faut-il rappeler que dans les années 90 il manquait déjà près de 100 millions de femmes selon Amartya Sen, prix Nobel d’économie ? Ce « manque » de femme est expliqué par des avortements et des infanticides des petites filles, étant considérées de moindre valeur.

Faut-il encore dire que dans le monde 400 millions de femmes âgées aujourd’hui de 20 à 49 ans ont été mariées avant l’âge de 18 ans et que plus d’un tiers avait moins de 15 ans ? Le seul moyen de faire reculer ces chiffres est la scolarisation.

Faut-il revenir sur le fait que dans au moins 25 pays les femmes ne peuvent pas transmettre leur nationalité à leur enfant ?

Faut-il à nouveau montrer que dans le monde, les femmes effectuent les 2/3 du nombre d’heures de travail et produisent plus de la moitié des aliments, mais qu’elles ne gagnent que 10 % du revenu total, possèdent moins de 2 % des terres, reçoivent moins de 5 % des prêts bancaires ?

Est-il nécessaire de faire savoir que l’égalité salariale n’existe dans aucun pays du monde ? Que la majorité du travail domestique est effectué par les femmes ? Que les deux-tiers de la population analphabète au monde est constitué par des femmes ? Que les femmes ont une qualité de vie moins bonne que les hommes ? Que dans le monde, une femme sur trois a été violée, battue, ou victime d’une forme ou d’une autre de mauvais traitements au moins une fois dans sa vie ?

Est-il vraiment utile de redire toutes ces choses ? Il me semble que oui, le féminisme est toujours à l’ordre du jour. Dans un article de son blog, en date de Décembre 2013, Ségolène Roy revient sur les raisons pour lesquelles la France (oui, même notre pays de la liberté et de l’égalité) a besoin du féminisme au 21ème siècle. Elle évoque  notamment le fait que grâce au féminisme nous avons acquis de nombreux droits qui nous étaient refusés. Elle revient aussi sur l’idée que si en droit l’égalité est bien présente, dans les fait le sexisme reste bien réel. Et c’est ce sexisme qui pose problème en France,  les représentations de ce que devraient être les hommes ou les femmes et les comportements associés assurent le maintien des inégalités. Certains expliquent ce phénomène par les différences biologiques mais en réalité le phénomène est principalement d’ordre sociologique. Elle appuie ce propos ainsi « On sait que rien ne distingue anatomiquement un cerveau de fille d’un cerveau de garçon, que le fonctionnement d’un cerveau varie plus d’un individu à l’autre que d’un sexe à l’autre. ». Ségolène évoque également quelque chose que j’ai découvert récemment en entrant sur le marché du travail, les blagues sexistes revendiquées comme « antisexiste ».  Ainsi un de mes collègues, adorable soit dit en passant, de dire au cours d’une discussion sur le sujet de l’agression des femmes « En même temps faut voir comment elles sont habillées »… Puis de se défendre en disant qu’il rigolait, qu’il caricaturait. Soit. Il a y a aussi le fait que si l’on élève la voix contre une de ces blagues on se fait rapidement cataloguer de « sans humour, ni second degré », « agressive » ou « régie par les hormones ». Il n’y a pas de sexisme innocent, il n’y pas de petit féminisme, il n’y a pas de petit combat, il y a juste un droit à l’égalité et au respect, même quand le sexisme est inconscient il faut le relever, le remarquer et le notifier. Elle termine son article ainsi :

« Tant qu’on ne considérera pas les personnes, hommes, femmes ou intersexes, avant tout comme des êtres humains, tant qu’on rangera chacun et chacune dans une catégorie dans laquelle le comportement, la psychologie, les aptitudes s’expliquent par l’appartenance à un sexe biologique, tant qu’on ne prendra pas conscience de ce qui est en jeu dans cette bicatégorisation de l’être humain, et qu’on n’en tirera pas les conséquences (pas forcément évidentes il est vrai), l’égalité et la liberté seront des mots vains »

Il y a matière à débattre durant des heures sur des sujets économiques et philosophiques autour du féminisme : l’égalité est-elle un but ? Est-il juste ? Est-il atteignable ? Devrait-on chercher à l’atteindre ? Les inégalités sociétales peuvent-elles en partie expliquées par des facteurs structurels ? Peut-on prétendre à l’égalité totale ? La société est-elle réellement source des discriminations ou celles-ci peuvent-elles également trouver leur explication dans la nature ? Mais s’il y a matière à débattre, à réfléchir, à questionner, à chercher des réponses et des solutions il faut surtout ne pas oublier qu’aucun de nos droit n’est acquis, et qu’il nous en reste énormément à obtenir, pour nous ici en France et pour les femmes qui ne peuvent pas se battre pour elles-même.

Emma Watson pointe avec beaucoup de justesse que le féminisme n’est pas qu’une cause de femme, le mouvement He for She en est la preuve. Une société égalitaire devrait être le combat de tous, car elle vise la liberté de chacun.

Et pour finir sur une touche un peu plus joyeuse voila que le marketing s’empare du féminisme, et valoriser ce mouvement est pour moi une bonne chose, on peut décrier l’utilisation d’un mouvement social pour des raisons commerciales mais il fait parler de la cause des femmes !

Sources :

Adéquations, des chiffres et explications sur les inégalités

Transcription du discours d’Emma Watson (en Anglais)

Pourquoi nous avons besoin du féminisme en France au 21ème siècle

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2 réflexions sur “A propos du féminisme

  1. Oh yeah! Il faut que tu lises Lean in de Sheryl Sandberg, COO de Facebook. Elle apporte une autre dimension, qui je pense fera avancer la cause plus vite, tout comme le discours de Emma Watson. Elle dit que les barrières que les femmes rencontrent dans le monde du travail sont intrinsèques: elles viennent de notre nature propre, et nous les acceptons de fait. Tant qu’on dira « les femmes doivent avoir les mêmes droits que les hommes », ça bloquera. Quand on aura appris à dire « homme, femme, transgenre, je m’en fous, tu dois être capable des mêmes choses en terme de sensibilité, d’ambition, de force », alors on avancera enfin…

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    • Je suis assez d’accord avec ce que tu dis, de fait pour changer les choses il faut que nous en tant que femmes cessions de nous poser des limites par ce que le rôle que la société nous donne nous l’impose. Cependant on ne peut pas nier que le sexisme, voire le machisme est très présent et freine l’égalité ! Je veux bien prendre ce conseil à la lettre mais si par ce que je proteste on me dit que c’est hormonal ou que je suis chiante alors que si j’avais été un homme il y aurait eu un vrai débat alors il ne tient pas qu’à moi que la société change… Je ne sais pas si c’est très clair. Mais la prise de conscience doit être commune; ce n’est pas qu’aux femmes de lutter contre les inégalités, les hommes aussi ont un certains nombres de droits à acquérir et ce n’est pas qu’aux hommes de prendre conscience des inégalités les femmes doivent se défaire des diktats de la société…

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